INTERVENTION DE Mme. DJIMI EL GHALIA au P.E

17/04/2007 | Lettre d'information

djimiMme Elghalia Djimi, vice présidente de l’ASVDH, invitée par l’intergroupe « paix pour le peuple sahraoui » au sein du Parlement Européen, pour participer à la conférence sur les ressources naturelles et les droits humains au Sahara occidental, le 17 avril 2007 à Bruxelles, a présenté une allocution sur la situation des droits de l’homme au Sahara Occidental.

Ci-après le texte intégral de l’intervention de Mme Elghalia DJIMI.

djimi

Permettez moi tout d’abord d’adresser mes vifs remerciements à l’adresse de Mme KARIN SCHEELE et à travers elle à l’intergroupe « paix pour le peuple sahraoui » pour l’invitation qui me permet aujourd’hui d’être parmi vous pour traiter la situation plus que préoccupante, grave dirai-je des droits de l’homme au Sahara occidental.

Ma connaissance également à l’institut OLOF PALME de suède qui participe à l’organisation de ce séminaire.

Comme j’exprime la gratitude de tous les Sahraouis qui souffrent dans leur chair l’oppression et la répression, à toutes celles et à tous ceux qui ont rendu possible cet événement. Je constate qu’il a parmi vous une délégation importante qui représente le mouvement de solidarité avec le peuple sahraoui à sa tête Monsieur Pierre Galant à travers l’Europe que je salue particulièrement.

Comme vous le savez la situation de droits de l’homme au Sahara Occidental sous domination marocaine est l’objet de plusieurs rapports tel que : le haut commissariat de droit de l’homme ; Amnistie International ; Human Rights Watch ; L’Organisation mondiale contre la torture et d’ ONG marocaine comme l’AMDH.
djimi
Le haut commissariat des droits de l’homme avait souligné dans son rapport de mission juin 2006, que les violations massives des droits de l’homme qui ont cours dans le territoire, découlent d’abord et avant tout de la négation du droit de l’autodétermination, droit dont le peuple Sahraoui est privé depuis plus de 3 décennies.

Au moment oừ le processus de résolution pacifique du conflit est bloqué, les sahraouis dans les territoires sous domination marocaine doivent faire face à une recrudescence de la répression, sans bénéficier d’aucune forme de protection de la part de l’ONU, ni des institutions comme l’union Européenne.

Les violations des droits fondamentaux du peuple Sahraoui ont commencé avec le déclenchement du conflit. Des atrocités ont été commises à l’endroit de la population civile sans défense et qui ont pris l’allure d’un véritable génocide, les disparitions forcées se sont multipliés, on déplore plusieurs centaines de disparus, l’exode d’une partie de la population qui vit dans l’errance et l’exil, l’autre subissant de plein fouet le joug de la domination derrière un mur que d’aucuns diront de la honte…truffé des mines et d’engins de mort mobilisant pratiquement toute l’armée marocaine.
djimi
Nous avons cru un moment que la situation dans le territoire sous la domination marocaine allait s’améliorer après la libération en 1991 de 320 sahraouis dont 78 femmes victimes de la disparition forcée, la proclamation du cessez le feu et le commencement de la mise en application du processus de paix devront conduire à un referendum libre et démocratique. Mais quelle déception ! quelle terrible frustration ! quand le processus de paix a été bloqué. Surtout pour ceux qui ont passé des années dans des conditions inhumaines, subissant au quotidien la malédiction d’être Sahraoui et le revendiquer. Personnellement, à l’instar d’Aminatou Haidar, Brahim Dahane et des dizaines d’autres Sahraouis , j’ai passé 3 ans et 7mois, les yeux bondés,sujet de toutes violations flagrante. Quel enfer ! Ma mémoire, mon être, ma personne sont à jamais marquée par ces séances de tortures qui ne finissent pas, par ces brimades, par ces mauvais traitements . Le 24/03/2006 j’été arrêtée avec mon mari ou nous avions passé 16 h de détention chez la police judiciaire.

Autre souffrance plus dure et durable, ma grand-mère qui m’a élevée a été kidnappée à l’age de 60 ans le 04/04/1984, je ne connais rien sur son sort comme d’ailleurs c’est le cas pour des centaines des Sahraouis civils disparus, malgré la prétention mensongère de l’Instance Equité et Réconciliation.

Si je suis ici, aujourd’hui c’est parce que je crois en Dieu et à la légitimité de mon combat pour le sort de ces disparus, aussi pour dénoncer les pratiques monstrueuses et les violations massives des droits humains dont sont victimes les sahraouis à ce jour.

Les forces marocaines ont recours à la torture systématique pour dissuader les Sahraouis de continuer leurs protestations, pour réclamer leurs droits fondamentaux, pourtant ces manifestations sont pacifiques. Même le droit à l’éducation est aujourd’hui contesté aux sahraouis.

Les violations des droits économiques s’étendent également à l’emploi, à l’égalité de genre. Pour bénéficier de l’aide de l’Etat Marocain, on exige du bénéficiaire de ne pas participer aux manifestations, voire d’être délateur.

Le territoire de Sahara occidental est riche, il est surexploité, mais la population autochtone n’en tire aucun bénéfice. Exemple l’accord de pèche illégale du point de vue de droit international, et qui comporte des clauses, comme quoi il doit bénéficier à la population. Il n’en est rien.
djimi
Les violations de droits de l’homme se manifeste encore et plus dramatiquement au niveau de la femme sahraouie marginalisée et soumise à toute sorte de mauvais traitement. Elle est spoliée, humiliée et l’objet de chantage de la part de l’état Marocain qui exige d’elle soumission et non participation à des actes de protestation contre la politique de répression. Les réseaux de renseignements marocains sont très actifs, ce qui attente aux valeurs de la société Sahraouie et menace la cohésion sociale.

Quand aux droits civils et politiques des Sahraouis dans la région sous domination Marocaine nous relevons :

1- La liberté d’expression :l’Etat Marocain exerce un contrôle draconien sur l’accès à un nombre de site Web Internet, utilise des censures sophistiqués pour empêcher les gens de s’informer. Les jeunes Sahraouis sont souvent enlevés des Cyber café au motif d’avoir visité des sites sahraouis.

2- Des dizaines des jeunes Sahraouis prisonniers politiques qui sont incarcérés actuellement dans la prison Noire de Laayoune et dans d’autres prisons marocaines. Il sont jugés pour leurs opinions politiques, comme le cas de Brahim Sabbar, Secrétaire général de notre association, l’ASVDH , défenseur de droit de l’homme, adhèrent de l’organisation Front Line, ce qui a été rapporté par l’Amnistie International. Nous réclamons la libération immédiate de Brahim Sabbar et tous ses camarades prisonniers politiques sahraouis.

3- Des associations Sahraouies et comités sont bannies ou interdits, ou non reconnues par l’Etat Marocain dans le domaine des droits de l’homme comme c’est le cas de notre association l’ASVDH, l’association sahraouis des victimes de violations graves commises par l’Etat marocain , crée le 07/05/2005; bien qu’un arrêté judiciaire de tribunal administratif lui a reconnu le droit de travailler légalement en octobre 2006 et qui n’est pas respecté par les autorités locales à ce jour. Ses membres sont souvent l’objet d’intimidation et d’harcèlement, deux parmi ceux ci, Brahim Sabbar et Soubai Ahmed, sont incarcérés. Cette situation s’applique également au comité Sahraoui pour l’autodétermination, l’association Sahraouie contre les mines, le comité sahraoui contre la torture, le comité des familles des disparus sahraouis, le comité des martyrs sahraouis dans les bagnes secrets marocains …etc

4- Toute protestation pacifique est réprimée. L’exemple de la journée mondiale, décembre 2006 est illustrant, sa commémoration a donnée lieu à une répression terrible. J’ai été personnellement tabassé, et c’est d’ailleurs le cas de la répression de toutes manifestations pacifiques, à Laayoune, à Smara, à Boujour à Dakhla et au sud du Maroc. Dans la dernière semaine un sit –in organisé par des vieilles femmes sahraouies, la plus part d’entre elles sont diabétiques été sauvagement agressées devant la wilaya de Laayoune simplement elles veulent s’informer sur le sort de leurs fils portés disparus depuis le 25/12/2005 et que l’état en serait responsable.

5- Les jugements : les procès sont iniques, les actes d’accusation et procès verbaux sont falsifiés. Plusieurs ONG, dont l’Amnesty International, ont rapporté que les procès étaient injustes et ne répondent à aucun standard international en matière de jugement.

6- Les détenus politiques sahraouis sont soumis systématiquement aux mauvais traitements, à la torture dans les prisons et même dans les tribunaux. Certains observateurs internationaux en été témoins.

7- Bien que quelques activistes sahraouis peuvent se déplacer sous surveillance, mais pas suffisant, il faut qu’on trouve notre place dans notre territoire afin de participer comme vraie et réelle composante de la société civile, à aider nos concitoyens à jouir de leurs droits fondamentaux et à participer à la vulgarisation de la culture de droit de l’homme, à la paix durable, à la cohabitation et à la stabilité régionale et universelle.

8- Le territoire continu d’être verrouillée, les observateurs indépendants, les journalistes sont interdis d’accès, Mr Lars Bjork , présent ici, peut en témoigner. La délégation ADHOC du parlement Européen, comme pour d’autres délégations parlementaires et délégations de corps diplomatiques accrédités telle que celle des pays scandinaves qui a été interdite de visiter la région à deux reprises pour raison qu’elle a demandé contact avec les familles des prisonniers politiques, les victimes de l’Intifada, l’ASVDH et le CODESA.

9- La plus part des victimes de l’Intifada ont déposé des plaintes au prêt de

Procureur du Roi, mais sans suite, et ça prouve la complicité de la justice avec les autorités locales.

10- Des certaines des jeunes Sahraouis ont été poussé sous répression à la migration clandestine afin de vider le territoire de ses jeunes.

Si le Maroc n’avait rien à cacher, pourquoi empêche-t-il l’accès du territoire de Sahara occidental ? C’est à l’antipode de la démocratie et de droit.

Le peuple sahraoui est un peuple qui veut, aime la paix, les manifestations qui ont éclaté depuis Mai 2005 sont pacifiques. Mais l’utilisation excessive de la force , la répression sans répit, le déni de justice ne feront que développer les formes de résistance de la population qui entendent se défendre, et se protéger contre le terrorisme de l’état Marocain .

Pour éviter tout dérapage la communauté internationale et l’union Européen doivent agir pour imposer le respect des droits fondamentaux du peuple de Sahara occidental.

Le conflit du Sahara Occidental est un problème de décolonisation, sa solution est de la responsabilité des Nations unis qui doivent protéger et garantir le droit à l’autodétermination a travers la mise en application de ces résolutions pertinentes.

Sur le plan humanitaire, les Nations Unis n’ont mis à ce jour aucun mécanisme de protection des citoyens Sahraouis civils sans défense ; et on réclame avec force la diffusion du rapport du Haut Commissariat de Droit de l’Homme .Et de point de vue économique aucune mesure n’a été encore prise pour préserver les ressources naturelles objets de pillage et de bradage avec tous les dangers écologiques que cela supposent

Dans les territoires sous domination Marocaine , chaque jour la dignité est bafouée, des population sont humilies, privés des droits humains les plus élémentaires, des droits politiques, civiques, économiques et sociaux culturels.

Les chartes, les conventions ne sont pas respectes du tout par l’Etat Marocain qui agit dans l’impunité.

Nous subissons en tant que population civile Sahraouis, en tant que défenseurs de droit de l’homme l’oppression et la répression.

Nous en appelons à vous , à toutes les consciences et particulièrement a l’union Européenne qui entretient des relations étroites avec le Maroc ,auquel elle accorde toute sorte d’aide pour qu’elle demande à son partenaire le respect des droits de l’autre,ce que prévoit d’ailleurs dans les accords d’association Maroc U-E.

L’union Européenne a des responsabilités énormes dans le drame Sahraoui , elle peut si elle a la volonté amener le Maroc à respecter les droits fondamentaux du peuple Sahraoui et donc à accepter la solution pacifique qui passe nécessairement par l’autodétermination de celui-ci conformément a la légalité internationale . Ainsi pourra prendre fin cette tragédie.

Finalement, je vous remercie tous.

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