Rapport de l’ASVDH: Récents événements très graves liés aux violations flagrantes des droits humains

17/10/2009 | Rapports

Degja Lachgrar Group à l'aéroport d'Alger
Introduction :

Ce rapport fait suite aux récents événements très graves liés aux violations flagrantes des droits humains qui continuent d’être commises massivement et impunément au Sahara Occidental par les autorités marocaines, et qui, ces derniers temps, ont opté pour la surenchère en procédant, dans l’après-midi du 08 octobre 2009, à l’enlèvement et à l’arrestation de sept défenseurs sahraouis des droits humains à l’aéroport de Casablanca au Maroc alors qu’ils viennent de visiter les Campements de réfugiés sahraouis, où ils ont rencontré leurs familles et leurs proches.

L’arrestation et l’enlèvement desdits défenseurs sahraouis des droits humains survient après la visite, dans la région du Haut Commissaire des Nations Unies aux réfugiés après que les deux parties au conflit, le Royaume du Maroc et le Front POLISARIO eussent accepté d’étendre les mesures de confiance à l’échange des visites familiales dans l’objectif, bien évident, d’augmenter le nombre de bénéficiaires et, dans un avenir proche, faciliter davantage la tâche par la création d’un couloir terrestre.

Ces violations des droits humains ont couvert plusieurs domaines tels la détention arbitraire, le déni du droit de circulation, et la confiscation des documents personnels, ce qui est contraire aux obligations du Royaume du Maroc vis-à-vis des chartes et pactes relatifs aux droits de l’homme tels qu’ils sont universellement reconnus

Les faits :

Après avoir accompli toutes les procédures légales pour l’obtention des visas, qui leur ont été accordés pour se rendre en République Islamique de Mauritanie, un groupe de défenseurs sahraouis des droits humains a été arrêté le 6 octobre 2009 au poste de police de Bir Guendouz, au Sahara Occidental par les autorités marocaines qui ont confisqué leurs documents personnels avant de procéder à un interrogatoire musclé portant, entre autre, sur l’objectif du dit déplacement et la destination finale qui, d’après les autorités marocaines, ne peut être que les Campements de réfugiés sahraouis.

L’un des défenseurs sahraoui, Ahmed Sbai a indiqué que les autorités marocaines ont fouillé leurs sacs de voyage et confisqué leur téléphone portable pour les couper du monde extérieur, qu’ils ont été maltraités, insultés, humiliés, avant d’être renvoyés sans ménagement d’où ils étaient venus, à Dakhla tout d’abord puis par la suite à El Aaiun.

« Il y a une volonté manifeste de bloquer les défenseurs sahraouis des droits humains, avait souligné Sidi Mohamed Daddach dans la déclaration qu’il a faite, puisque nous avions passé, sans encombres, tous les postes de contrôle, une dizaines a peu près. Après la confiscation de nos documents, notamment nos passeports, nos cartes d’identité, nos téléphones portables, et après avoir déversé sur nous toutes sortes d’insultes, poursuit, Sidi Mohamed Daddach, nous avons été laissés en plein désert, éreintés de fatigue et d’épuisement, sans rien à boire, ni à manger. Notre salut nous le devons, a-t-il souligné, à un chauffeur qui nous a pris en stop et qui nous a ramené à ville de Dakhla.

Ce groupe est composé de : Sidi Mohamed Daddach , ex-prisonnier politique et président du comité de défense du droit à d’autodétermination au Sahara occidental, Larbi Messaoud, ex-prisonnier d’opinion et ancien membre du Comité des défenseurs sahraouis des droits humains, Ahmed-Sabai, ex-prisonnier d’opinion, Président du Comité pour la protection des prisonniers sahraouis , Ibrahim Al-Ismaili ex-détenu politique, Président du Centre pour la Protection de la mémoire collective et Atikou Beray, défenseur sahraoui des droits humains et membre du Comité contre la torture à Dakhla occupée.

Arrestation du groupe Daghja Lachgar :

Le groupe de défenseurs sahraouis des droits humains s’était rendu le 23 septembre dernier dans les Campements de réfugiés sahraouis qui se trouvent au sud ouest de l’Algérie pour visiter leurs familles et leurs proches

Le groupe comprend:

Degja Lachgar
Brahim Dahane
Rachid Sghaer
Yahzih Etarouzi
Saleh Labihi
Ahmed Naceri
Ali Salem Tamek

•Brahim Dahane, président de l’Association sahraouie des victimes de graves violations des droits humains commises par l’État marocain (ASVDH),

•Degja Lachgar membre du Comité exécutif de l’Association ASVDH, ex disparue et membre du Comité de défense du droit à l’autodétermination,

•Ahmed Naceri, Secrétaire général du Comité Sahraoui pour la défense des droits de l’homme à Smara,

•Ali Salem Tamek, vice-président, Collectif des défenseurs sahraouis des droits de l’homme (CODESA)

•Yahdih Ettarouzi, ex- prisonnier politique,

•Rachid Sghaer, membre du Comité d’action contre la torture à Dakhla.

•Saleh Labihi, Président du Forum pour la protection de l’enfance

Ce groupe avait quitté l’aéroport international Mohammed V de Casablanca en direction de l’Algérie et ce, après avoir accompli toutes les procédures légales et administratives. Au retour de leur visite des Campements de réfugiés sahraouis, le 08 octobre courant, Daghja Lachgar et ses collègues ont été appréhendés par les forces de l’ordre à leur descente de l’avion, une arrestation qui fait suite à une dépêche de l’agence MAP, officielle du Maroc selon laquelle le Procureur général du Roi de la Cour d’appel de Casablanca, a émis un mandat d’arrêt contre tous les membres du groupe, sur les accusations fondées sur ce qu’il appelle « collaboration avec des parties hostiles ».

Au moment de la rédaction de ce rapport l’Association Sahraouie des Victimes des Violations Graves des Droits de l’Homme Commises par l’Etat du Maroc (ASVDH) est toujours sans nouvelle de son président, des deux membres de son association, mais aussi des autres défenseurs des droits humains, à l’exception de ce qui a été rapporté par des organes de presse selon les quels ces défenseurs ont envoyés à Rabat afin que leur cas soit suivi directement par la DGED (services de renseignements extérieurs du Maroc) qui est sous la direction de Yassine Mansouri, un service qui, de toute évidence a supplée la DST qui est la direction du contrôle des territoires sensée notamment s’occuper de ce genre d’affaires.

Arrestation de Sultana Khaya, défenseuse sahraouie des droits humains, membre de l’Association sahraouie à Boujdour.

Sultana Khaya
La défenseuse sahraouie des droits humains a été arrêtée, le 9 Octobre 2009, par les autorités d’occupation marocaines lesquelles ont procédé à la confiscation de ses documents personnels, avant de l’expulser de l’aéroport et, ainsi l’empêcher de quitter la ville de El Aaiun, capitale du Sahara occidental occupé en direction de l’Espagne ou elle devait poursuivre des soins médicaux. Pour rappel, Sultana Khaya a été amputée de son œil droit, et complètement défigurée suite à participation à une manifestation pacifique réclamant l’autodétermination du peuple sahraoui et réprimée dans le sang, en mais 2008.

Lors de cette arrestation, Sultana Khaya a été l’objet de différents types de menaces, d’intimidation et d’humiliation. Les autorités marocaines ont proféré des menaces à son encontre et s’est sentie blessée dans son for antérieur lorsque les autorités marocaines l’ont accablée d’un flot d’insultes et d’abus portant à sa dignité et à celle de sa famille.

Sultana Khaya a subi à l’aéroport même un interrogatoire musclé concernant le but de son départ pour l’Espagne, ses relations avec l’Association sahraouie des victimes de graves violations des droits humains commises par l’État Maroc, ASVDH, ses activités à Boujdour, sa relation avec des représentant du Polisario en Espagne, ainsi qu’avec les étudiants, notamment au sujet des événements qui ont eu lieu à Marrakech, 2007 et ce, avant de lui prendre de force son téléphone portable pour vérifier les contact qui y sont enregistrés.

La dureté de l’interrogatoire, a indiqué Sultana Khaya, le nombre croissant de policiers et des membres des services de renseignement qui l’entouraient de toutes part, l’éclairage très fort des projecteurs, mais aussi de la caméra vidéo qui enregistrait les questions réponses auxquelles j’ai été soumise ont affecté mes yeux et accentué la pression sur moi. C’est à partir de ce moment que j’ai été au bord de l’évanouissement a souligné la défenseuse sahraouie des droits humains qui s’est vue confisquer son passeport et sa carte de séjour délivrée par les autorités espagnoles, en plus de nombreux fichiers et de documents concernant le décès des deux jeunes étudiants sahraouis,Baba Khaya et Houssein Lektif en janvier 2008.

Sultana Khaya a été libérée le lendemain dans un état psychologique déplorable après toutes sortes de brimades et d’atteinte à la dignité humaine, ce qui est en contradiction flagrante avec les exigences minimales de respect à la personne de manière générale, et aux défenseurs des droits de l’homme internationaux de manière spécifique.

Campagne médiatique et politique menées par les autorités marocaines à l’encontre des défenseurs sahraouis des droits humains :

Une Campagne de dénigrement sans précédent a été menée dans tout le Maroc mais aussi au Sahara Occidental à l’encontre des défenseurs sahraouis des droits de l’homme qui avaient séjourné dans les Campements de réfugiés sahraouis.

Les tribunes, l’agence officielle Maghreb Arabe Presse, les autres organes de presse, la radio, les médias lourds comme la télévision, ont été gracieusement mis à disposition, une semaine durant, pour dénigrer les défenseurs sahraouis des droits humains et préparer, psychologiquement l’opinion, quant à leur arrestation, à leur déferlement devant le tribunal, et probablement à de lourdes condamanations.

Un bref aperçu des moyens mis par l’Etat marocain pour le dénigrement des dits défenseurs sahraouis des droits humains :

- La télévision régionale de El Aaiun qui dépend de la radio et télévision marocaine a consacré la quasi-totalité de ses émissions au lynchage médiatique à l’encontre des défenseurs sahraouis, en incitant l’opinion publique contre les défenseurs sahraouis.

– Les Chaîne I et II et le canal MIDI 1 SAT ont consacré, pendant toute une semaine, une grande partie de leurs programmes pour falsifier les faits et dénaturer la réalité, notamment pour ce qui concerne la situation des droits de l’homme au Sahara Occidental.

-L’Agence Maghreb Arab Press (agence officielle du Maroc), à, quant à elle déversé son fuel en menant une vaste campagne s’inscrivant dans le cadre d’orientations bien précises , et qui ont pour but d’induire en erreur l’opinion publique et internationale sur la réalité par rapport à ce qui prévaut au Sahara Occidental.

-Des journaux qui prétendent être indépendants, tels le soir n°949 du 09 Octobre 2009, dans un article signé par le directeur de la publication Rachid Nini, mais aussi le journal du matin, n° 2955 paru les samedi et dimanche en date du 10 et 11 Octobre auxquels il faut ajouter un certain nombre de journaux partisans, tels la science, l’Union socialiste…

Sur le plan politique, la déclaration faite par le ministre marocain de la communication et porte-parole du gouvernement, le soir de l’arrestation de Degja et ses compagnons se passe de commentaire

Beaucoup de partis politiques ont pris fait et cause pour cette politique visant à dénigrer les défenseurs sahraouis des droits humains et à travestir la réalité puisque, dans leurs déclarations incendiaires, ils considéraient cette visite comme une provocation, une insulte au peuple marocain et une atteinte à la souveraineté du Maroc et à son intégrité territoriale.

Pour accentuer la pression un peu plus, les autorités marocaines ont procédé au recrutement de personnes connues, mais aussi de pseudo- associations afin de mobiliser le plus large un soutien pour mettre au banc des accusés les dit défenseurs sahraouis des droits humains et les accuser de tous les maux.

Dans cette campagne menée tambour battant, les autorités marocaines sont allées très loin lorsqu’elles ont essayé de faire toutes sortes de pressions sur les familles des détenus pour obtenir d’elles, et devant les caméras de télévision, des déclarations condamnant leurs propres enfants. Les multiples pressions auxquelles ont été soumis le père de Hamadi Nassiri en sont, à cet effet, très révélateurs.

La situation actuelle est caractérisée par l’instauration par le gouvernement marocain d’une politique de violence et de terreur et par des campagnes d’enlèvement et d’arrestation qui ont frappé plusieurs personnes, notamment Izana Amidane, Algalia Aliya, Loumadi Said, Abdel-Salam .

La ville d’El Aaiun demeure quadrillée par une forte présence des membres de la sécurité qui se sont déployés autour des agglomérations ou vivent les sahraouis. Des maisons se trouvent sous une surveillance accrue, notammment celles de Sidi Mohamed Dadach, El Ghalia Djimi, Ahmed-Sabai, Larbi Messaoud…

Recommandations:

l’Association Sahraouie des Victimes des Violations Graves des Droits de l’Homme Commises par l’Etat du Maroc (ASVDH ) tient a exprimer ce qui suit :

L’Etat marocain est l’unique responsable de la situation désastreuse dans laquelle se trouvent Degja Lachgar et ses compagnons , comme il est responsable de tous les préjudices qu’encourent ces défenseurs sahraouis des droits humains, notamment, le droit à la vie et la dignité humaine et exige leur libération inconditionnelle.

La politique d’intimidation menées par l’administration marocaine à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme dans le territoire du Sahara occidental vise à faire taire les voix libres qui dénoncent périodiquement les violations des droits de l’homme dans les territoires occupés du Sahara Occidental et les souffrances des sahraouis.

l’ASVDH ne voit pas en quoi la visite des Campements de réfugiés sahraouis par les défenseurs sahraouis puisse constituer un danger ou une provocation susceptible de porter atteinte à la dignité du peuple frère du Maroc, notamment si l’on sait que les visites entre sahraouies sont ouvertes des deux côtés du mur. Le fait même de rencontrer des membres du Front POLISARIO ne doit pas poser problème puisque les dirigeants du Front POLISARIO et du Maroc se sont rencontrés à plusieurs reprises au cours des négociations qui se déroulent sous les auspices de l’ONU.

l’ASVDH demande aux autorités marocaines de rendre, sans plus tarder, les passeports et documents qu’elles ont confisqués aux défenseurs sahraouis des droits humains et de lever le siège entourant leur liberté de circulation et de voyage.

l’ASVDH condamne, de la manière la plus énergique cette campagne de dénigrement et de répression menée contre les défenseurs sahraouis des droits humains et demande aux organisations de défense des droits de l’homme que ça soit au Maroc ou sur le plan international de leur apporter tout le soutien nécessaire.

L’Association sahraouie des victimes de graves violations des droits humains commises par l’État marocain.
Laayoune au Sahara occidental
Octobre 11, 2009

Mots-clés / Keywords: