Le Quotidien Jurassien, Suisse, «Le peuple mérite d’avoir le dernier mot, il a assez goûté la sauvagerie du Maroc»
18/03/2008 | Press, Témoignage
Le Quotidien Jurassien, Suisse
• VENDREDI 14 MARS 2008
SAHARA OCCIDENTAL
«Le peuple mérite d’avoir le dernier mot, il a assez goûté la sauvagerie du Maroc»
A la veille de nouvelles négociations à l’ONU, rencontre avec des militants du Sahara occidental
Claire Jeannerat , De retour de Laâyoune
Milieu du désert, milieu du mois de février, milieu d’après-midi.
La chaleur a vidé les rues de Laâyoune, capitale du Sahara occidental, ce vaste territoire au sud du Maroc.
Eghlalia Djimi nous attend dans le quartier nord de la ville. Des chèvres s’ébattent dans les gravats. De leur voiture, des policiers observent les allées et venues. Entre les immeubles, un bidonville: des Marocains envoyés là par le royaume en prévision de l’organisation d’un référendum sur le destin du peuple sahraoui.
C’était en 1991, les Marocains sont toujours là, et le référendum toujours attendu. C’est l’enjeu des négociations qui se tiennent cette fin de semaine (du 16 au 18 mars à New York, sous l’égide des Nations Unies, entre l’Etat marocain et le Front Polisario, qui lutte sans relâche au nom du droit à l’autodétermination des peuples.
«Nous sommes toujours sous surveillance»
Chez Mme Djimi, des hommes font la sieste sur des coussins verts présiposés à même le sol. Sur un plateau, des verres, une théière et sucre – les attributs de l’hospitalité sahraouie. A la télévision, Al Jazeera diffuse des images bucoliques. Dehors, des enfants jouent.
D’autres hommes, d’autres femmes nous rejoindront. La maison d’Eghlalia Djimi abrite souvent les rencontres de l’Association sahraouie des victimes des graves violations des droits de l’homme par l’Etat marocain (ASVDH), dont elle est la vice-
présidente. C’est la raison de la présence des policiers dans le quartier, explique-t-elle: «Nous sommes toujours sous surveillance. Dernièrement on m’a refusé un congé pour un congrès sur les droits de l’homme. Daha Rahmouni (elle désigne un homme de l’autre côté de la pièce, n.d.l.r.) a passé deux jours en prison après sa participation à une séance d’une commission de l’ONU à Genève.»
«La plupart du temps, nous avions les yeux bandés»
La plupart des hommes et des femmes assis autour de nous se désignent entre eux comme «le groupe de 87.» Ils étaient plus de cent, cette année-là, qui projetaient une manifestation à l’occasion de la visite d’une commission onusienne.
«Les Marocains ont eu vent de nos intentions et nous ont arrêtés, raconte Brahim Dahane, le président de l’ASVDH. A l’époque j’avais 19 ans. J’ai passé trois ans et sept mois en prison. Nous étions entre 12 et 17 personnes dans des cellules de
Au-dehors, les rues de Laâyoune sont constellées de 4×4 blancs aux couleurs de l’ONU. L’envoyé spécial Peter Van Walsum vient de quitter la ville, après une visite préliminaire à la rencontre qui débute dimanche à New York.
Rien ne permet raisonnablement d’envisager un déblocage de la situation. «Mais on n’a pas perdu l’espoir, on ne perdra pas l’espoir», scande encore Eghlalia Djimi. Elle s’interrompt une fraction de seconde, puis laisse échapper cette abrupte conclusion: «Sinon on va crever.»
Eghlalia Djimi a payé de trois ans de prison son engagement pour la liberté du peuple sahraoui. Aujourd’hui technicienne en agriculture, mariée et mère de cinq enfants, elle est plus que jamais une pasionaria de cette cause. PHOTOS CLJ
