FrontLine: Arrestation et détention du défenseur des droits humains Ennaama Asfari

26/04/2008 | Déclaration

Lettre de Front Line à La Commission Européenne

logo

M. Leonello Gabrici

Head of Unit Maghreb

European Commission – Relex F4

B-1049 Bruxelles

18 avril 2008

Objet: Maroc -Arrestation et détention du défenseur des droits humains Ennaama Asfari

Cher M Gabrici,

Au nom de Front Line, je voudrais vous faire part de mes profondes inquiétudes quant aux informations reçues selon lesquelles le défenseur des droits humains Ennaama Asfari, coprésident du Comité pour le respect des libertés et des droits humains au Sahara occidental (CORELSO), aurait été arrêté le 13 avril 2008 à Marrakech. Il aurait été maltraité et torturé avant d’être conduit au poste de police et traduit, le 15 avril, devant un tribunal. Il est toujours détenu à la prison de Boulemharez à Marrakech.

Le 13 avril 2008, vers 21.30, Ennaama Asfari aurait été arrêté par cinq agents de police en civil à Marrakech. Selon les informations reçues, les cinq policiers conduisaient une voiture renault Clio de couleur grise et suivaient Ennaama Asfari depuis la veille. Les agents de police auraient agressé physiquement Ennaama Asfari avant de l’emmener, les yeux bandés et menotté, vers une destination inconnue, où il aurait été dévêtu, attaché à un arbre et battu. Ennaama Asfari aurait perdu connaissance des suites de ses blessures et conduit à l’hôpital.
Le 14 avril au matin, Ennaama Asfari a été conduit au poste de police qui se trouve à la place Jamaa Elafna pour être interrogé sur ses activités et sur ses relations avec les étudiants sahraouis impliqués dans les récents affrontements à l’Université de Marrakech. Le 15 avril, vers 10.00, il a été présenté devant le Procureur général de Marrakech, qui a décidé de le traduire devant un tribunal le même jour. La Cour a décidé de reporter son audience au jeudi 17 avril pour permettre à Ennaama Asfari de trouver un avocat. Le 17 avril, son audience a été reportée au lundi 21 avril. Depuis le 15 avril, Ennaama Asfari est détenu à la prison de Boulemharez à Marrakech. Sa famille n’a pas été informée officiellement de son arrestation, ni du lieu de sa détention.
Ennaama Asfari avait été arrêté à Smara le 5 janvier 2007 et condamné à deux mois de prison avec sursis le 15 janvier 2007. Cette sentence avait été confirmée en appel le 21 mai 2007.
Front Line pense que l’arrestation et la détention d’Ennaama Asfari est la conséquence directe de son travail pacifique et légitime en faveur des droits humains. De plus, Front Line craint pour sa sécurité physique et psychologique pendant sa détention.

Front Line fait appel à la Commission européenne pour qu’elle demande aux autorités marocaines de:

    1. Libérer immédiatement et sans condition Ennaama Asfari, étant donné qu’il est détenu uniquement sur la base de son travail légitime et non violent en faveur des droits humains;
    2. Mener immédiatement une enquête complète et impartiale concernant les mauvais traitements infligés à Ennaama Asfari lors et suite à son arrestation, d’en publier les résultats et de traduire les responsables devant la justice;
    3. Faire en sorte qu’Ennaama Asfari puisse bénéficier d’un procès équitable; ait un accès régulier à sa famille et ses avocats; puisse recevoir des visites consulaires et soit suivi médicalement si nécessaire;

    5. Faire en sorte que tous les défenseurs des droits humains au Maroc et au Sahara Occidental, menant leurs activités légitimes en matière de droits humains, puissent travailler libres de toute restriction ou harcèlement.

Front Line fait également appel à la Commission pour que celle-ci, à travers de sa Délégation, prenne les mesures nécessaires pour assurer la sécurité d’Ennaama Asfari, en lui rendant visite à la prison et par l’envoie d’un observateur à son audience du lundi 21 avril, en accord avec les Lignes Directrices sur les défenseurs des droits humains.

Je vous remercie d’avance pour toute information relative aux actions entreprises par la Commission européenne et nous serions intéressés à connaître les éventuelles réponses envoyées par les autorités marocaines.

Salutations distinguées,

Vincent Forest

Responsable du Bureau européen

Mots-clés / Keywords: